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Casablanca : Un port qui coule

Le port a besoin d’une véritable mise à niveau Les caméras censées surveiller le port de Casablanca ne rentreront pas en fonction avant le mois de septembre. Les scanners fonctionnent au compte-gouttes. Une situation qui fait de cette plate-forme le paradis des vandales.


Les voleurs de détonateurs au port de Casablanca auront eu le mérite de tirer sur la sonnette d’alarme. L’œuvre de personnes malveillantes, «ayant pris une cargaison destinée à la gendarmerie comme du matériel informatique», comme  le rappelle un fonctionnaire des lieux, est presque anecdotique. Les personnes arrêtées sont toutes des intrus qui se sont introduits au port, pour émigrer de manière illégale. Plus de peur que de mal.
 Mais, déclare, le nouveau directeur général de l’ODEP, Mohamed Abdeljelil, «l’affaire est banale, mais le matériel concerné, lui, ne l’est pas ». Depuis cet incident, plusieurs directives ont été prises. Désormais les colis destinés à l’Armée et à la gendarmerie sont catalogués dans la rubrique marchandises dangereuses et sont, de ce fait, transférées vers leur destination, sans retard. D’autre part, l’Office va accélérer les dispositions pour la mise en conformité du port de Casablanca. Un dispositif composé d’un plan de sûreté avec des clôtures étanches.
A entendre les armateurs, le port de Casablanca serait l’un des moins sûrs de la région. A cause notamment d’un magma de dockers qui travaillent avec des cartes loin d’être mises à jour, différents services, police, douane, autorité portuaire, dont la coordination reste à prouver, et la proximité d’un port de pêche devenu une passoire. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un port à risques.
Plus de  600 conteneurs ont été éventrés au port de Casablanca depuis le début de l’année.  Des pertes qui peuvent être évaluées à 100 millions de dirhams, selon la même source. «Des chiffres minimes comparés au volume que brasse ce port », note-t-on à l’ODEP.  Il y a une responsabilité, mais elle est partagée, y compris avec les armateurs qui emploient beaucoup de personnels à bord et à terre, souligne, pour sa part, un employé dans le service d’exploitation. 
Pour se prémunir, certaines sociétés de textile engagées à l’export n’ont plus le  choix chargeant en surplus de la marchandise déclarée, prévoyant d’avance les pertes. Les chargeurs déploient des dispositifs importants pour surveiller leur cargaison jusqu’à l’embarquement.
Les nouveaux équipements, facturés sur le dos des opérateurs à coup d’augmentation de redevances et de taxes portuaires,  n’ont pas résolu le problème. «L’efficacité des scanners mis en place reste tributaire de la ressource humaine, en formation », note un expert du domaine portuaire.
Quant aux caméras censées surveiller l’enceinte portuaire, elles seraient en panne». Impossible de visualiser par exemple le vol des détonateurs. Les caméras ne devront pas être fonctionnelles avant le mois de septembre.
Un retard qui fait le bonheur des vandales. Sans moyens performants, comment surveiller environ 3 000 personnes qui travaillent journalièrement dans ce port ? C’est l’épineuse question à laquelle doivent répondre la direction des ports et son mentor, Jamal Benjelloun, à qui incombe la garde juridique de la marchandise et à ses partenaires de la Douane, de la police et des différents intervenants dans la plate-forme casablancaise.
Pour l’expert Najib Cherfaoui, la direction des ports est responsable de la sécurité des marchandises. «Le directeur préside le comité technique de l’ODEP, lequel se réunit tous les trois mois ». Ce comité consultatif n’a aucun pouvoir de coercitif. Ce qui n’enlève pas au Directeur du port sa «responsabilité fonctionnelle ». Pour arriver à résoudre ce problème de sécurité, la direction des ports doit d’abord, comme le conseillent les armateurs, revoir les autorisations données aux sociétés de gardiennage. «Du fourre-tout », selon le commandant Mohamed Karia, président de l’IMTC, convaincu qu’un coup de balai  à ce niveau est nécessaire. Il faut au préalable un port étanche.
L’approche tarifaire serait aussi à revoir, clament les armateurs. «Actuellement, un conteneur ou une remorque qui passe la nuit
au port de Casablanca paye une facture de 2 400 dirhams. Il y a une course contre la montre à l’approche de 18 heures et une forte hausse de tarifs ». Pour économiser, les chargeurs gardent longtemps les conteneurs entassés à l’entrée du port, les rendant vulnérables face à des bris, au vol ou à l’émigration clandestine.
Le 03-08-2005
Par : Adam Wade
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