Éditorial : Au ras des pâquerettes
Comme toujours, le différend ne porte pas sur un débat d’idées ou un problème de vision politique au sujet de la manière d’encadrer la classe ouvrière dans le Maroc nouveau qui s’installe.
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Le bureau exécutif de l’UGTM, réuni le 28 août à Rabat, a décidé de la mise à l’écart du “dénommé“ Abderrazak Afilal de son poste de secrétaire général. C’est ainsi qu’est présenté celui qui a régné sur cette centrale syndicale proche de l’Istiqlal pratiquement depuis sa création par ses détracteurs au sein de l’organisation, emmenés de manière déclarée par le conseiller istiqlalien à la deuxième Chambre Mohamed Larbi Kabbaj. Celui qui tire les ficelles dans les coulisses n’est autre que le pittoresque maire de Fès Hamid Chabat qui rêve depuis longtemps de devenir le patron de l’UGTM. Il est en train d’atteindre son objectif mais le conflit qui dure depuis plusieurs mois est loin d’être terminé. Abderazzak Afilal se présentant toujours comme le leader légitime de l’organisation tant que le congrès, seule instance à ses yeux habilitée à destituer ou nommer son chef, n’aura pas statué sur son sort. En attendant, la bagarre entre pro et anti-Afilal a laissé beaucoup de traces difficiles à effacer. Les uns et les autres ont donné par voie de presse la pleine mesure de leur talent lorsqu’il s’agit d’insultes, de diffamation et de petites phrases assassines. Dans les deux camps adverses, le niveau a volé à cette occasion au ras des pâquerettes. Comme toujours, le différend ne porte pas sur un débat d’idées ou un problème de vision politique au sujet de la manière d’encadrer la classe ouvrière dans le Maroc nouveau qui s’installe. Rien de tout cela n’est mis en avant. Juste une querelle de personnes dans ce qu’elle a de plus prosaïque sur le mode de “ ôte-toi de là que je m’y mette“ ou de “ Tu as longtemps été le chef c’est mon tour qui est arrivé“. Chefferie quand tu nous tiens ! Bien sûr, on reproche au patron destitué par un coup de force où l’art et la manière font défaut sa gestion autocratique du syndicat et de ses finances ainsi que de sa propension à semer la zizanie parmi les rangs des militants. Tout se passe comme si les frondeurs venaient de découvrir aujourd’hui les tares de leur patron. À l’image des dinosaures de la vie politique et syndicale du pays, Abderrazzak Afilal a ceci de particulier qu’il est resté, en toute circonstance, égal à lui-même. Et puis, la démarche de la bande à Chabat laisse supposer qu’elle va faire mieux en termes de gestion de la maison. Ce qui n’est pas du tout sûr. Depuis l’éclatement de cette crise sans précédent dans le monde syndical national, l’Istiqlal a plutôt agi en spectateur laissant les parties en conflit laver leur linge sale en public. D’ailleurs, M. Afilal qui se sait lâché attend toujours de Abbas El Fassi de clarifier sa position, c’est-à-dire choisir son camp. En fait, il semble que le leader de l’Istiqlal a donné sa bénédiction à Chabat et à ses amis qui ont, il est vrai, les moyens de l’aider à décrocher un troisième mandat. Le deal est clair. Quoi qu’on lui reproche, M. Afilal avait au moins droit à un traitement plus digne surtout que, en famille, les Istiqlaliens sont réputés plus soft dans leur façon de faire. |
| Le 30-08-2005 |
| Par : Abdellah CHANKOU |
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