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Éditorial : Hold-up oléicole

Fadoua Ghannam La démarche espagnole à cet égard n’est ni saine, ni fair-play, encore moins éthique.


L’huile d’olive connaît actuellement une pénurie telle que les prix ont enregistré une flambée vertigineuse. Le litre qui coûtait dans le commerce il y a encore quelques mois entre 25 et 35 Dhs, se vend aujourd’hui à 47. Du coup, le consommateur marocain se trouve pénalisé par ce renchérissement inhabituel dont il ne saisit pas très bien les raisons. À l’origine de cette situation, il y a un facteur exogène : des Espagnols dont le pays a fait l’année dernière une mauvaise récolte oléicole à cause de la gelée. Selon des producteurs nationaux, ils sont venus au Maroc entre novembre et décembre 2005 pour acheter l’essentiel de la production chez les oléiculteurs du pays. Un hold-up réussi. Il n’y a pas que les Espagnols qui raffolent de l’huile d’olive qu’ils utilisent particulièrement dans leur cuisine. Les Marocains aussi. Mais de là à débarquer dans un pays voisin et rafler en toute liberté une grande partie de la marchandise, il n’y a qu’un pas qu’ils ont allégrement franchi. Nombre de commerçants espagnols font déjà la même chose avec le poisson qu’ils achètent à outrance le long des côtes marocaines avant même le débarquement des prises dans les ports. Voilà qu’ils s’attaquent maintenant à un autre produit de première importance.
De prime abord, on peut objecter que ce procédé relève du libéralisme et de loi de l’offre et de la demande comme semble le penser bizarrement le secrétaire général du ministère de l’Agriculture. Mais à y regarder de plus près, cela ressemble à une “attaque“ hostile contre un secteur vital de l’agriculture nationale sur lequel les plus hautes autorités du pays misent énormément pour développer l’oléiculture. La démarche espagnole à cet égard n’est ni saine, ni fair-play, encore moins éthique. Autrement, on peut tout accepter au nom de l’ouverture y compris perdre ses acquis et livrer ses citoyens aux spéculateurs.
Non, le commerce a ses règles qu’il faut respecter surtout que cette récolte visiblement “volée“, selon les termes d’un producteur, n’était pas destinée à l’export. Elle devait être écoulée sur le marché intérieur pour en couvrir les besoins.
Plus grave encore, il semble que les olives marocaines ainsi siphonnées seront, une fois les huiles extraites et le produit conditionné en Espagne, réintroduites sous le label ibérique dans les marchés d’Europe, d’Amérique et d’Asie à des prix très élevés. Ce qui représente un manque à gagner énorme pour l’économie nationale.
Le Maroc a besoin de son huile d’olive qu’il a les moyens de valoriser lui-même à l’export tout en permettant au consommateur local d’y accéder à des prix raisonnables. Le gouvernement et le ministère de l’Agriculture sont appelés dans ce sens à agir d’urgence en amont pour sensibiliser les oléiculteurs à l’importance de protéger leur production contre l’appétit des spéculateurs et à défendre d’abord les intérêts du pays. Autrement, le plan oléicole de grande envergure que l’exécutif est en train de mettre en place profitera aux importateurs étrangers. Et si les Espagnols aiment tant l’olive marocaine, ils n’ont qu’à venir investir au Maroc en bonne et due forme.
Le 25-01-2006
Par : Fadoua GHANNAM
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