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A la une : Danse, les boulets aux pieds !

Un art qui doit être encouragé. Marrakech accueille, du 20 au 24 décembre, un événement national quasi inédit : Premières rencontres chorégraphiques. C’est là l’une des rares et très courageuses initiatives entreprises dans notre pays, pour sortir de l’oubli un art considéré mineur.


L’histoire du chorégraphe au Maroc avec la danse, c’est un peu comme l’histoire de Sisyphe avec le fameux rocher. Il a beau essayer de remonter la pente, il finit toujours par retomber sous le poids écrasant de ce rocher. La tâche des quelques chorégraphes qui continuent de se battre avec des moyens de fortune pour imposer la pratique de la danse dans notre pays relèverait de l’absurde. Leur effort pour faire accepter le langage corporel comme un art à part entière est simplement, donc cyniquement, négligé.
Le combat qui a été mené par Lahcen Zinoun, le père Noël de la danse au Maroc, pour perpétuer le Festival international des arts chorégraphiques de Casablanca nous édifie sur la difficulté, voire l’impossibilité, de la tâche. Son aventure était restée sans lendemains, en dépit de la qualité d’un festival qui a fait venir des compagnies de danse de renommée internationale, de France, d’Espagne, des Pays-Bas et même d’Outre-Atlantique. Tawfiq Izeddiou, qui a créé en 2002 la Cie Anania, et qui préside actuellement aux destinées des Premières Rencontres Chorégraphiques de Marrakech, n’est pas sans savoir l’ampleur des sacrifices à consentir. Pas plus que Latéfa Hajjaj, pour ne citer que cette passionaria de la danse, qui a fait, il y a quelques années, le choix difficile de créer à Casablanca une école de formation à la danse.
Remarquez que l’art de la danse au Maroc ne doit son salut, ou plus précisément sa survie, qu’aux sacrifices d’une poignée d’inconditionnels passionnés. Pourquoi alors l’Etat n’a-t-il pas accompagné ces individus en leur apportant le soutien nécessaire à l’accomplissement de leur tâche ? Est-ce, comme nous le dit T. Izeddiou (voir l’entretien ci-contre), parce que la danse est restée un sujet tabou dans notre société ? Un fait, certes, vraisemblable, puisque la danse, contrairement à tous les arts, n’a encore et toujours pas droit de cité dans les médias en général, et à la télévision en particulier. Pas une seule émission consacrée à la danse par la RTM, ou par sa consœur d’Aïn Sebaâ (2M) (!). L’absence de la danse à la télé n’est pas le fruit d’un oubli, bien au contraire.
Ce serait l’effet d’une volonté délibérée de « zapper » l’expression corporelle de la grille du Paysage audiovisuel marocain (PAM). L’image du corps fait-elle peur à ce point ? Une chose, cela étant, est sûre : il y a une grande part d’hypocrisie dans cette histoire. Car, à bien observer notre société, on remarque que le rythme est au cœur de la vie des Marocains.
La danse populaire, a fortiori celle des cheïkhates, n’est pas interdite dans les fêtes familiales, ou plus encore les fêtes nationales. Mieux, les danses au Maroc varient d’une région à l’autre, du Rif au Sahara, en passant par la Chaouia ou encore le Moyen-Atlas. Ahidouss, Ahwach, la danse du sabre (Zagora), la transe gnaouie, les Aïssaouas… Un patrimoine de danses impressionnant, qui apporte la preuve, à qui veut bien voir ou entendre, que la danse n’est pas taboue, et qu’elle a toujours été partie intégrante, voire indivisible, de la culture marocaine. Seulement, la négligence que l’Etat continue d’afficher à l’égard de la danse est indigne de la valeur et de l’importance que revêt cet art noble aux yeux des Marocains. D’où la nécessité et l’urgence de remédier à ce qui serait une injustice pure et dure envers cette expression.
L’Etat, et en particulier le ministère de la Culture, est appelé à agir pour appuyer l’effort indéniable que certains chorégraphes n’ont eu de cesse de déployer pour la survie d’un langage qui cristallise à lui seul différentes expressions artistiques : théâtre, musique, arts plastiques, le visuel, etc.

Le 23-12-2005
Par : M’Hamed Hamrouch
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