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Abdelkader Moutaâ : Une vie au service de l’art

© D.R

Hommage
L’un des piliers du théâtre et de la télévision, Abdelkader Moutaâ s’est éteint mardi, laissant derrière lui un héritage impérissable dans la mémoire collective. Plusieurs acteurs de la scène culturelle ont exprimé leur peine à la suite de sa disparition.

La scène artistique et culturelle est en deuil. Elle vient de perdre l’une de ses figures emblématiques, Abdelkader Moutaâ, décédé mardi à Casablanca, à l’âge de 85, suite à une longue maladie. Depuis l’annonce de son décès, les hommages se multiplient sur les réseaux sociaux. Amis, célébrités et personnalités culturelles ont salué sa mémoire. «Le Maroc perd l’une des voix les plus profondes et sincères. Cet homme n’était pas seulement un acteur, mais une mémoire vivante d’une génération qui a semé le sourire et la conscience avec silence et respect. Nous l’avons connu à travers le personnage de Taher Belfriat, symbole de la gentillesse marocaine, avec son sens de l’humour calme qui faisait rire sans vulgarité et enseignait sans arrogance », témoigne à son égard l’acteur Rachid El Ouali. Et d’ajouter : « Nous l’avons également connu pour sa voix chaleureuse dans les spots publicitaires qui ont marqué notre enfance, une voix empreinte d’une sincérité et d’une chaleur que la technologie ne peut produire, mais qui vient du cœur. Moutaâ n’était pas seulement une star de l’écran, il était aussi une conscience artistique qui est restée fidèle à son art malgré la maladie, l’indifférence et les années. Il incarnait une génération d’artistes qui ne cherchaient pas la gloire, mais servaient l’art comme on sert la patrie — avec silence et dévouement. Le corps est parti, mais son empreinte est restée».
Le réalisateur et producteur Ahmed Bouara a également rendu un hommage à cette grande icône. «Abdelkader Moutaâ est la voix qui ressemblait à la patrie et le visage qui portait la sincérité de l’être humain avant de porter les traits du personnage. J’écrivais pour lui, et il donnait vie aux mots devant la caméra… J’étais derrière la scène et lui dans la lumière, nous partagions le même rêve : que l’art marocain reste noble, sincère et humain. Dans chaque œuvre qui nous a réunis, Moutaâ était plus qu’un simple acteur… il était une mémoire qui marchait, une conscience qui parlait et la voix d’une génération qui croyait que le théâtre est une mission et non un métier. Il entrait sur scène comme s’il entrait en prière, avec des yeux qui comprenaient la profondeur de la douleur et un sourire qui pansait le monde», a-t-il écrit. Ahmed Bouara a fait part de sa peine immense. «Son départ est une douleur personnelle, une blessure professionnelle… J’ai perdu un véritable frère, un compagnon irremplaçable et un visage qui continuera de me regarder entre les lignes chaque fois que j’écrirai une nouvelle scène. Abdelkader Moutaa n’est pas parti… Il a laissé en nous quelque chose de plus profond que la mémoire : il a laissé une âme qui nous enseigne que l’art est sincère».

Une carrière remarquable
Abdelkader Moutaâ est né à Casablanca, dans le quartier populaire de Derb Soultane. Il a grandi dans un environnement modeste. Orphelin de père dès son plus jeune âge, il quitte l’école pour subvenir aux besoins de sa famille, enchaînant les petits métiers, menuisier, réparateur de vélos ou encore ouvrier dans une saline. C’est au sein des activités de scoutisme qu’il découvre le théâtre, une révélation qui changera le cours de sa vie. D’ailleurs, il a débuté sa longue et remarquable carrière aux côtés de pionniers du théâtre marocain, en rejoignant la troupe de théâtre Maamoura au début des années 1960. Sa voix puissante lui a également ouvert la voie pour intégrer la troupe de la Radiodiffusion et de la Télévision et devenir une figure populaire de la radio nationale.
Grâce à ses brillantes performances à la télévision, au théâtre et au cinéma, le défunt a laissé un héritage immense qui a fortement marqué le public marocain. Le regretté artiste fait partie de la première génération d’acteurs, tant au cinéma où il a joué dans le film «Washma» du réalisateur Hamid Bennani (1970), qu’à la télévision où il est associé dans l’esprit de générations de téléspectateurs marocains au nom de Taher Belfriat, un personnage emblématique qu’il a incarné avec brio dans la série «Khamsa w Khmiss» (1987). Le défunt, qui s’est forgé une personnalité artistique singulière grâce à son esprit d’autodidacte, se distinguait par sa présence et son talent alliant comédie et drame. Parmi les étapes les plus importantes de sa carrière figurent «El Bandiya» (2003), «Jeu avec les loups» (2005) et «Chiens du Douar» (2010) au cinéma, «Six de Soixante» (1988), «Loups dans le cercle» (1997), «Oulad Ennas» (1999), «Douayer Zmane» (2000), «Un jour pas comme les autres» (2008) et «Larmes des hommes» (2014) à la télévision..